Un homme d'horizon

Un homme d'horizon
Un homme d'horizon



De mes voyages au pays de l'autre sexe, de mes balades à leur chemin de peau, de mes rêveries au nu de leur corps, il fut le seul homme d'horizon.


Un homme aux épaules si humainement droites, si infiniment lignes qu'elles m'offraient un autre horizon en visuel, en parallèle de l'originel, tel un lien intime au cosmos.

Des épaules en points de mire de mon panorama, qui soulignaient son allure, d'équilibre, et de justesse dans la cadence du pas.
A leur faveur, l'atlante de chair et l'humain d'airain en lui se combinaient, dans un même temps, un même trait.

De leurs mesures, elles dimensionnaient son corps dans une perspective d'ensemble, lui tenant étais, lui conférant structure.

D'une ossature puissante, d'une architecture au toucher de soie, elles ouvraient comme un passage naturel entre le passé et le futur vers la coulée de son dos, vers la force de son torse.


Dans leur accueil, se consolaient mes peines, dans leur protection, se déposaient mes peurs.
Souverainement humbles, à mes invites, elles se dévouaient.
Hautement attentives, à ma portée, elles s'avouaient.
Dans l'instant de mes exigences, elles formaient un ponton doux et ferme que j'agrippais au vertige de ses baisers.
Dans la crue de mes plaisirs, elles devenaient un isthme musclé où je m'arrimais quand naissait sous ses caresses, le maelström de mes sens, quand mon corps en marées incontrôlables, en vagues successives, au sien, s'unissait.


Un homme aux épaules de c½ur qu'il abandonnait confiant, à mes besoins d'abri, à mes désirs d'amarre.
Des souvenirs tissés au fil de mes saisons, ses épaules me demeurent en présence, tant elles dessinaient de leur évidence, l'amour en horizon.



# Posté le lundi 02 mars 2009 13:50

Modifié le mardi 06 octobre 2009 02:23

il était mon jumeau

il était mon jumeau
Il était un miroir de ce que j'étais au féminin, un jumeau d'écriture, nos mots se comprenaient sans se parler, nos rires se trouvaient sans se chercher.
Il m'avait surnommée la princesse des dicos et je l'avais adoubé chevalier de l'alphabet.

Il était mon ami, avec lui j'avais 10 ans, et la cour de récréation était aussi grande que l'univers.
On se fascinait de se ressembler et cela nous rendait tout bêtement heureux.

Sur notre site Dinguetdong, il acceptait avec enthousiasme tous mes projets de sujets, et relevait mes défis de fantaisie, avec talent et bonheur.

Mais les adultes veillaient au grain, un grain qui n'est pas celui de la folie, de la création mais plutôt celui de l'incompréhension, de l'intolérance absolue.

De mon côté, les miens me priaient avec insistance de cesser cette relation épistolaire, la jugeant trop singulière pour être honnête.
Alors sous leurs coups de butoirs répétés, sous la jalousie peut-être compréhensible bien qu'injuste qui en dictait l'action, j'ai fini par craquer.
J'ai anéanti en un clic, 21 articles.
J'ai jeté au néant tout un travail génial de collaboration qui touchait à la grâce, à l'humour, au surréalisme.
Je l'ai rayé d'un trait de plume.

Je viens d'apprendre tout à l'heure qu'il s'est suicidé, alors ce texte que je lui avais écrit courant octobre en symbole de nos joutes verbales et de nos jeux gamins, je souhaite aujourd'hui le mettre en ligne pour lui rendre un dernier hommage.

A Dong...

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YSL, en parfum



De lui, une lettre.
Deux feuilles de papier A4, écrites à la hâte des sentiments avant que la raison, les principes, la morale ne les refoulent à jamais.

Au-delà de l'aveu des mots, son parfum entêtant, impétueux, aussi obsédant que ce lien virtuel qui nous avait piégés, à force de MP décochés, attendus, renvoyés aux rires, à la surprise, à l'admiration.

Un parfum conquérant, qui sur-le-champ avait imprégné mes pores, écrasé ma peau.
A vouloir étouffer sa présence en cachant ce courrier sous des coussins, à vouloir le brûler sur l'autel de l'oubli, à vouloir y échapper.

Vanité !
J'y revenais, affamée, ventre en émoi, car ce parfum osait l'homme jusqu'à la caricature, à la façon d'un Belmondo se la jouant James Bond. Le genre qui assure, qui révèle un torse d'autorité, une volonté farouche, un physique d'aplomb, qui renvoie à l'amant.

En bris de ce virtuel, ses effluves...
Ses effluves, comme des bribes de lui, délicieuse torture !
Corsé d'épices, saturé de sensations, ce parfum avait de la poigne, le haut de gamme du poilu olfactif.

Alors, j'ai couru les Séphora, Nocibé, Marionnaud.
Je l'enquêtais au parfum.
Après chacun de mes passages, les testeurs en rayon accusaient comme un vieux coup de fatigue.

Au bout de 3 semaines, d'informations recoupées en testeurs éprouvés, j'ai reconstitué son essence.
Très fière de moi, et désirant l'impressionner, le ligoter encore plus au mât d'emballement auquel il s'était lui-même attaché, je lui annonçais que sans nul doute possible, il se parfumait à l'Homme, d'Yves Saint-Laurent.
« Ah, me répondit-il, oui YSL ... mais uniquement en dépannage quand je n'ai plus le mien. Vous savez Hugo Boss ! »

Sonnée, secouée de rires nerveux, j'assistais en direct à mon premier hara-kiri virtuel.
J'avais fantasmé pendant des mois sur un blog sans visage, des messages en avalanche d'esprit et un parfum qu'il ne portait qu'en dépannage, en SOS, en roue de secours.
Le bide intégral, sévère, celui dont on se relève mal.
Et tout ça à cause d'un Hugo Beauf ! Un fumet de camelote, de l'encens pour bigote, du désodorisant pour chiotte !

Je n'ai jamais osé lui avouer, de peur qu'il ne me réserve de toute urgence une place dans le premier asile venu, dans quel délire m'avait entraînée ses deux feuilles de papier parfumé, ni que je n'avais plus jamais décroché de son parfum.

Désormais, si menue et fragile que je sois, je porte l'Homme !
Le soir, quand je me déshabille, tout comme cette superbe mannequin en robe lamée or qui chaloupe, je jette dans mon 30 m², en des gestes grandiloquents, mes baskets, jean et tee-shirt, en déclamant... « L'Homme, j'adoooor » !

# Posté le jeudi 05 mars 2009 11:33

Modifié le vendredi 13 mars 2009 04:09

Sang-voix

Sang-voix




Robe noire et talons hauts, je rentrais d'un vernissage, heureuse, les yeux plein de voyages, de couleurs, et d'images.
Il n'était pas tard, à peine 19h30.
Une heure banalement ingrate, égoïste qui vide les rues de leurs passants, qui raréfie le flot des voitures.
Les gens sont chez eux, en pantoufle, en famille, à regarder la télé, tranquilles.

Je n'étais pas très loin de mon immeuble quand je l'ai entendu haleter derrière moi.
Il manipulait un zip de fermeture éclair en des gestes répétés et de plus en plus rapides.
Son souffle se rapprochait, à portée de ma nuque maintenant, et son regard que je sentais vissé à mon dos, à mes jambes, et toujours ce bruit métallique, ce zip mécanique et nerveux de malade comme un signal me disant attention danger !

J'ai voulu accélérer, courir, mais cette foutue robe de cocktail, ces escarpins de top model m'ont transformée en proie.
Il m'a sautée dessus, imposée son visage déformé par l'excitation, le désir grossier de ses mains, son haleine pourrie sur mes lèvres.
J'ai hurlé, un long cri de bête aux abois qui a fini étranglé, au fond de ma gorge ; ça m'a sauvée.
Il s'est enfui à toute jambe.

Comme un pantin désarticulé, j'ai fait quelques mètres, avant de plier en deux sous une douleur fulgurante. Une épée venait de me transpercer le ventre.
Sur mes cuisses, un liquide chaud a coulé. Du sang. Sur mes bas noirs.

Ce soir-là, j'ai perdu mon bébé. Je n'ai plus jamais reparlé.


# Posté le mercredi 03 décembre 2008 07:32

Modifié le vendredi 12 décembre 2008 15:01

Dais lire de lit

Dais lire de lit
Dais lire de lit


Saut du lit, lit à deux places, j'y suis seule...

Jetée de lit, lit à roulettes, qui servent à rien sur la moquette.

Sommier à lattes, hâte des corps, sur ressort.

Attila du lit, branle-bas le combat, hauts secours !

Couette en ébats, débats sur peau, de chagrin en chambre

Matelas las, d'un sommeil qui ne vient pas

Lit de camp, camp David, à vide oublié.

Sans dessous dessus de lit, à fleur de lys, est ta peau à ma main

Oreiller à l'écoute, d'une femme qui parle, en dormant

Traversin en guêpière, Paul et Jacques, saurez-vous m'aimer ?

Duvet de coton, ton corps édredon, souvenirs de nids longs

Lit d'été, taie à l'amante, pas religieuse

Coussin malmenés, draps défaits, amours aussi



Sur le thème des divagations, savourer celles sur le pied de Virginie Pérain, il est sûr que vous prendrez le vôtre : ( page 13)
blog de chris81

# Posté le dimanche 23 novembre 2008 07:26

Modifié le samedi 29 novembre 2008 14:29

L' Encre-temps

L' Encre-temps
Dans la journée, certaines heures sont plus facétieuses, plus artistes que d'autres.

Adroites en diable, ces effrontées de la pendule interceptent, sans aucune autorisation la lumière du soleil, pour jouer à cache-cache avec les paysages urbains.

Créatrices d'une architecture de l'ombre, elles projettent sur les façades des immeubles, arbres, panneaux, lampadaires, et autres sujets au vertical intérêt, le tout, dans un pêle-mêle ahurissant.

Sous les yeux des badauds, des tags temporaires et monochromes animent alors les murs, dont ils chassent joyeusement l'endurci décrépi, le toujours en attente du bientôt ravalé, le bourgeois stuqué chic.

Dans leur rayonnement horaire, aucun décor, aucune réalité n'échappent à la sagacité impétueuse de ces filles du Chronos.
Dans cette frange particulière du Soleil levant ou ponant, naît alors un temps, au théâtral silence qui déroule en catimini, sur la scène de la vie, des heures douées et mystérieuses qui jamais ne cessent d'offrir la comédie de leurs lumières, le spectacle de leurs improvisations diurnes.

D'heures chinoises en heures à ombre, ces heures me sont douces à l'âge, me sont pleines au plaisir de vieillir car elles me font la faveur d'encrer d'un interlude de fantaisies et de visions, le temps qu'elles me ravissent.

toile voir blog de indigo-dreams31

# Posté le dimanche 16 novembre 2008 07:20

Modifié le lundi 17 novembre 2008 03:27