Destin en marches

Destin en marches
Destin en marches





Elle hésite ; 10mn déjà, qu'elle est là, au bas de cet escalier, la main accrochée à la rampe.
10mn qu'elle a posé sa valise sur la première marche.

Depuis 6 mois, cet escalier, elle le monte et le descend presque tous les jours, dans une envolée de pas, le c½ur battant, les pommettes rouges.
Au premier étage, palier de droite, la porte d'Armand, son amant.
La porte d'une nouvelle vie, celle qu'il lui promet, dont il dessine les contours entre un bouquet de roses et son corps vigoureux.
« Viens », lui répète-t-il, « tiens, je te donne les clés, viens t'installer chez moi ; quitte-le.... tu ne l'aimes plus ; lui non plus d'ailleurs. Y a plus rien entre vous ; que l'habitude »

Quitter Michel, son mari.
Ce matin encore, elle le voulait.
C'était facile, comme de faire sa valise et de la refermer d'un geste sans appel, sur 26 ans de vie commune.
Facile. Mais soudain, elle ne sait plus ce qui est facile...
Ses pieds ne bougent pas, son corps est raide, sa tête éclate sous mille pensées qui se télescopent de violence.

Michel, quelle est sa faute ? Son âge ? Sa moindre attention à ses besoins ? Cette routine insidieuse à laquelle lui non plus n'a pas su mettre le holà ? Cet oubli de l'autre, quant à le voir à table, dans les miroirs de la salle de bains, sur l'oreiller, en vacances, on finit par ne plus le regarder vraiment ?


Perdue dans un brouillard de questions sans réponses, écartelée par des sentiments qui la déchirent, Maïtena sent venir le malaise.
Frissons, sueurs glacées.
Entre un futur qui se dérobe et un passé qui resurgit, le vide ; prise de vertiges, elle s'asseoit.


La gaieté de sa petite robe à fleurs se fane dans l'âcreté salée des larmes qui rougissent ses joues. Son c½ur saute dans sa poitrine en des battements furieux de son indécision, quand soudain, elle entend du bruit. Quelqu'un arrive.

Elle n'a pas le temps de se redresser que déjà il est à genoux.
« Maïa, chut. Dis rien ; je sais. Tu es belle et moi, je suis un con.... Un pauvre con ! »


Michel l'enveloppe de sa gabardine, l'enveloppe de sa compréhension, l'enveloppe de ses baisers, ceux qu'il avait oublié dans le verre à dentifrice, dans le tambour de la machine à laver, dans l'ordinaire de sa présence.
A neuf, ils se regardent.
D'amour, ils se lèvent.
En gabardine partagée, ils s'en vont.

Derrière eux, ils laissent une valise dont l'image au fur et à mesure de leur éloignement se fait de plus en plus petite, de plus en plus anonyme, comme l'avait été leur vie, ces dernières années.

# Posté le vendredi 22 mai 2009 14:34

Modifié le samedi 23 mai 2009 04:39

Môme néant

Môme néant


Môme néant est un essai d'écriture sur un sujet difficile puisque inexistant !

Un genre littéraire totalement inutile, qui m'arrache les derniers neurones survivants aux ravages de la cinquant-haine qui me trébuche de ses grelots

Un discours sur le rien, voire le rien de rien, un défi des mots face au vide, attention lecteurs sérieux s'abstenir...

Ah, rire, écrire, jouir de rien ! Génial, la folie me guette et c'est tant mieux...

"""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""

Môme néant ou le non-récit


Je suis une chevelue, à l'égo poilu et au nombril exorbitant du droit commun.
En blonde innombrable, vaillamment je vais, et vaque avec vigueur à l'absurde, aux paradoxes et aux idées reçues, hum...... sans avoir été émises.

Je raconte rien, ce qui est délicat.
Je prends sans laisser au sérieux, entre le rien à dire, le moins que rien, le rien à cirer et le rien de rien.
Mais voilà, tous ces riens me font tourner le mien.

Or, je veux garder mon Rien intact et pur.
Un Rien qu'à moi, différent des autres, une sorte de plus rien, à la hausse, au top du rien général et ambiant.

Mon Rien fantomatique est d'un contenu illimité, satellisé aux confins des impossibles, pesant d'un vide inconnu, et minuté d'un temps échappé du vivant.
Mon Rien, dont mon Tout n'est pas le contraire, n'est pas défini dans les dictionnaires.
Mon Rien est beau de ne pas être, d'inexister à mon plaisir, de s'absenter en mon présent.

Mon Rien même s'il est sans à-priori, ne se compromet d'aucun Avec.
Avec untel, Avec ceci ou même cela, ah les Avec ! Mon rien les atomise tous ces blancs-becs de veule et vexante compagnie, qui se frottent la panse d'être si plein..... de certitudes carrées, à défaut d'être rondes.

Ultra détaché, mon Rien est sans lien, ni parenté.
D'ailleurs, je l'ai surpris à devenir tout chose, avant de virer au trou noir dans une déflagration d'apocalypse quand il a ouï dire qu'on lui prêtait les nihilistes, les nuls en cousins petits ou germains, et que le zéro en valeur absolue se targuait d'être son double.
Quelle nature ! Et j'en suis un rien fière.

Ainsi paré, mon Rien m'agrée, et c'est dur labeur, grand ouvrage que de s'appliquer à ce qu'il me reste si bien fait de néant.

# Posté le vendredi 15 mai 2009 07:50

Modifié le dimanche 17 mai 2009 14:32

Chauve qui peut

Chauve qui peut
Chauve qui peut



Alors que j'allais m'endormir, Paul, mon mari me posa une drôle de question « dis moi, mon bébé, si jamais une lotion avait la vertu de faire repousser les cheveux, voudras-tu que je l'utilise ? »
Sous l'effet de la surprise, j'annonçais dans un bâillement de 23h, le plus terrible pour le mari en attente d'une conversation, un « tu sais, je t'aime comme tu es. »
J'espérais, par cette pirouette, être parvenue à lui cacher ma gêne car en toute franchise, j'étais bien incapable de répondre à sa question.

Paul était devenu chauve, jeune, très jeune.
Il n'avait pas encore fêté ses 30 ans que déjà il avait rejoint le clan des Yul Bruner et autres chauves sympathiques au crâne aussi lisse qu'un ½uf et aussi doux que de la soie.
La survenue prématurée et ultra-rapide de sa calvitie avait étonné tout le monde. Ses copains, d'ailleurs, pour le charrier, l'avaient même surnommé Francis Lalanne, quant à sa propre famille, elle en était encore toute chamboulée.
L'Italie dont mon mari était natif devait toujours résonner de cette terrible et scandaleuse nouvelle : notre petit Paolo est devenu chauve !
En effet les gênes des Vinceze étaient réputés pour favoriser la persistance du cheveu plutôt que sa disparition, mon beau-père et son fils aîné dans l' éclat désormais cendré de leur chevelure en étaient la preuve indiscutable.
Mais tout rapprochement et tentative d'explication étaient inutiles car de toutes façons, Paul n'avait rien des Vinceze, sans parler de leurs si efficaces chromosomes capillaires !

La calvitie de Paul était si ancienne, une bonne vingtaine d'années, que je ne me rappelais plus quelle était exactement la couleur de ses cheveux, ni comment ils étaient implantés, ou coiffés ? Raie à droite, à gauche, cheveux en brosse, shampooing fréquents, anti-pelliculaire, gel... ?
Rien, niente, nothing, aucun souvenir, l'angoisse !

J'étais devenue une amnésique du temps de ses cheveux !
J'en venais à penser que ce facteur qui peuplait sa tête quand j'étais tombée amoureuse de lui, n'avait pas dû être un élément primordial de sa séduction pour que je l'oublie aussi facilement.
A force de me torturer les méninges, voilà que maintenant je n'avais plus sommeil. Amnésique et insomniaque, super !
L'image de mon mari en cheveux me poursuivait de son impossible reconstitution.

D'un bond, je me levais, taraudée par cette obsession, revoir Paul, mon Paul dans ses années 80-85, celles du «  t'as pas vu mon peigne ? », du « j'ai pris rendez-vous chez le coiffeur, ils sont trop longs. »
Assise sur le sofa, un plaid sur les épaules, je replongeais avec délice dans nos vieux albums de photos, et peu à peu les souvenirs revenaient dans leur précision, leur réalité.
Brun, presque corbeau, cheveux portés très courts, front dégagé, c'était lui, et bien lui mais mon regard bizarrement s'attardait ailleurs, toujours.
Quelle que soit la photo, j'étais toujours attirée par ses sourcils en bataille, l'acuité de ses yeux et cette cicatrice qui marquait sa pommette gauche.


Sa séduction était là, comme condensée dans ses trois éléments :
Ses sourcils broussailleux parlaient de son caractère obstiné et persévérant qui l'amenait à vouloir tout comprendre, tout maîtriser quitte à être parfois pesant pour son entourage
Son regard vif et perçant révélait sa capacité à l'attention, à l'écoute aussi
Sa balafre traduisait une nature passionnée et fougueuse, qui lui avait valu maintes fois de se blesser et de se trouver par jalousie dans des situations aussi absurdes que risquées.

Au petit matin, encore serrée contre son corps, je le réveillais en lui glissant «  mon loup, j'ai bien réfléchi cette nuit à ta question, et tu sais, en fait, tes cheveux, je m'en fous parce que je t'aime pour ce que tu es, écoute-moi, d'abord.... » Paul, absorba dans un baiser le reste de ma phrase.
Il avait visiblement en tête un objectif plus urgent... qu'un dialogue sur l'oreiller !


Iillustration de Théo, un peintre des féminins absolus
blog de theo30250

# Posté le vendredi 08 mai 2009 07:37

Modifié le dimanche 20 septembre 2009 10:06

Danaïde

Danaïde
Danaïde




Pour avoir, sur l'ordre de mon père, le roi Argos, tué, le soir de mes noces, mon époux, j'ai été jetée dans les Enfers et condamnée sans fin, à remplir un tonneau sans fond.
De ce gouffre de peines, Rodin, ému par la cruauté de mon destin, par l'injustice de mon sort, m'a extirpée.

Il m'a mise en pierre, exposée dans la pleine lumière, en mes nus d'accablement.
Désormais, on m'admire, à acheter toutes sortes de reproductions, on me plaint, le temps de la sincérité fugace d'un regard.

Dans cette foule anonyme, qui autour de moi se déploie et se presse, je distingue un visiteur, toujours le même.
Je le ressens immédiatement car la chaleur de ses sentiments est si magmatique qu'elle combat la froideur de la gangue qui m'enserre, et pénètre profond en mes tissus de marbre.


Il vient presque chaque semaine, mais au-delà de la fréquence de ses passages, il est par essence différent de tous les autres.
Différent, car il ne me considère pas comme une ½uvre d'art, une sculpture célébrissime.
Différent, car il me parle de nous, de cette vie que nous aurions ensemble s'il pouvait me libérer.
Différent car il a du commettre un crime odieux, un parjure honteux pour être ainsi emmuré vivant dans cet amour impossible qu'il me voue.
Ses différences me sont baume, mais je ne puis lui exprimer car ma voix s 'éloigne de moi et finit en poussière de sons, au moindre mot tenté.
Muette en mes paroles, il ne peut m'entendre.
Maudite en mes volontés, il ne peut comprendre.

Ainsi, il ne saura jamais, que contrairement à ce qu'il pense, être libérée, je ne veux.
Ma peau est de marbre, mon destin est figé depuis l'éternité, scellé au sort des miens et à l'adversité.

Etre libérée, je ne veux.
Ma vie n'a été que souffrances, trahisons semées, amours faussées par des oracles trompeurs, par un père qui n'aimait que son pouvoir, par des luttes dont je n'étais que le jouet au devenir cassé.

Être libérée, je ne veux.
Ma beauté polie au burin, reste la preuve qu'elle m'a été contraire comme un atout que seul autrui savait utiliser à des desseins sombres et destructeurs.


Être libérée, je ne veux.
Les temps, les moeurs sont immuables dans leur barbarie.
Libérée de ma pierre, je connaîtrais le même calvaire, les mêmes affres, et le vivre une deuxième fois est au-delà de mes forces, en dépit de l'amour dont il m'entourerait.

Muette, et maudite, à ne pouvoir même le rassurer, et lui dire « je t'en prie, garde-moi ainsi sculptée mais à jamais protégée des pièges inévitables qui se dessineront sous nos pas, des doutes qui fatalement me tourmenteront quand tes sentiments se feront moins perceptibles au fil des incompréhensions accumulées, des âges qui lisseront de trop ce qui, nous différenciant, nous attirait aussi.
Je me préfère recroquevillée en ce berceau de marbre, plutôt que libre à cette vie, porteuse de peurs.

Alors, laisse-moi dans ton rêve d'amour, je le veux. »



.

# Posté le jeudi 30 avril 2009 14:20

Modifié le mercredi 06 mai 2009 02:36

Pour Elles,

Pour Elles,
Pour Elles,



Pour deux femmes, j'aurais aimé naître homme.

J'avais 20 ans quand j'ai rencontré Hélèna. Elle devait rester le regret éternel de mon non sexe masculin.

Dense en ses propos, cultivée à passer le concours de l'ENA, et à le réussir, elle échappait aux standards de la mode par ses grosses lunettes à verre épais qui cachaient son visage, par une chevelure lourde et brune qu'elle coiffait en des chignons mal épinglés de trop d'inattention à son apparence.

Hélèna, un ovni féminin de la planète Etudiant qui m'avait intriguée, avant de me séduire par ses idéaux au parfum suranné et son esprit brillant.
Persuadée qu'un jour, elle rencontrerait le grand amour, elle demeurait indifférente aux regards des hommes qui sur elle ne se posaient pas, et dans l'attente, vivait le bonheur d'une chasteté sereine et parfaitement assumée.

Alors qu'elle ne manifestait ni ressentiment, ni frustration, je nourrissais par une sorte de transfert absurde et infondé, une vraie colère à l'égard de la gent masculine, dont l'aveuglement m'agaçait considérablement.
Dans cette confusion des sentiments où l'amitié se prévalait de réparation, je décidais de lui faire ma demande en mariage. Présentée à l'humour, bien qu'à genoux sur les marches de la Faculté, ce fut un camouflet retentissant « oh, Vickie, me dit-elle en riant, tu as bien trop de défauts, alors en homme, oh non ! Tiens, je préfère même pas imaginer ! »


Je ne pensais pas vivre une deuxième fois ce genre d'histoire tant Hélèna était marquée du sceau de l'unique, du signe de l'exception, mais les chemins du c½ur sont pavés de malice, surtout lorsqu'ils empruntent la forme innocente du virtuel.


Au détour d'un clic de clavier, j'ai croisé Sylvie, une âme poétesse, une femme de lumière, que beaucoup connaissent sous le pseudonyme de « Mondesicruel ».
Sylvie, un don, un cri, des mots qui coulent d'elle comme une source d'eau limpide et sacrée.
Sylvie douée d'un Gulliver courage, dont le corps menu lutte depuis 16 ans contre un cancer qui métastase sa vie.
Sylvie, un diamant pour mémoire qui n'a de cesse de ramener au vivant de son amour, son mari et son enfant trop tôt disparus.

Pour Elle, j'aurais aimé m'appeler Victor, être celui qui la soulagerait en ses bras de tendresse, qui lui chuchoterait sa beauté quand la maladie s'échine à déposer en tous ses membres, la laideur de ses ombres, qui lui ferait l'amour d'un livre ouvert à la page vierge de ses yeux, et qui lui montrerait à nouveau que le monde peut bien tourner carré et à l'envers, l'équilibre est conservé quand on est deux à tout partager.


Jamais, je ne serai pour Elles deux, cet homme, mais à tout le moins, et en ma nature profonde de femme qu'elles me permettent de leur offrir cette fleur du Destin, appelée Amitié.

# Posté le mercredi 01 avril 2009 07:28

Modifié le mercredi 29 avril 2009 07:59