Kao-ling avait reçu à sa naissance, la flûte en don.
Sous ses doigts, à son souffle, les sons naissaient hauts, mélodieux, et s'élevaient en notes claires comme portées par les airs.
Volontiers insouciant, quoique sage et plutôt respectueux des anciens, Kao-ling ressemblait à tous les enfants de son âge.
Il s'instruisait des mêmes apprentissages, partageait les mêmes jeux mais sa vie différait sur un point...... il devait, en fin d'après-midi, quitter impérativement le village pour n'y revenir que tard dans la soirée.
Obéissant aux consignes, le pas léger, le jeune garçon se rendait en sifflotant, au lieu-dit l'Arbre aux cendres.
Cet endroit était vénéré de tous, depuis que le Fuji-yama, dans sa dernière colère, avait épargné l'arbre nu alors qu'alentour, il avait plongé la province de Mishima dans un déluge de cendres et un chaos de laves coulées.
Là, assis sur une des branches, Kao-ling prenait sa flûte en bambou et jouait jusqu'à ce que la nuit enveloppe de ses écharpes brunes, le Dieu vêtu des neiges éternelles.
En ses musiques, l'enfant racontait les joies et les peines de sa journée, les derniers événements qui faisaient bruit dans les conversations des adultes.
Il avait l'impression que la Montagne sacrée le comprenait, et appréciait même ses venues.
Il avait remarqué que dès qu'il commençait à jouer, la Montagne, désireuse de mieux l'entendre, exceptionnellement faisait taire ses grondements lugubres et caverneux.
Un silence inhabituel couvrait alors la région, et pendant quelques heures, la sérénité prenait place au sein des foyers, au coeur des familles.
C'est ainsi que naquit la légende de Kao-ling, l'enfant qui savait apaiser la Montagne sacrée.
Louma, permets-moi de te dédier ce conte que m'a très librement inspiré ce tableau, oeuvre du peintre japonais Hokusaï, connu aussi pour ses estampes et précurseur de l'art manga.