Des arbres sciés par centaine, des forêts ravagées, des bois précieux veinent mon quotidien.
Leurs racines soulèvent les lignes de mes papiers, leurs noeuds s'exhibent de mes coffres fermés, leur senteur de santal s'échappent des flacons de cristal.
Prisonniers des formes qu'on leur a données, exilés des terres qui les accueillaient, j'ai l'impression que depuis quelques jours, ils m'appellent à leur secours.
Je les entends s'étoiler de détresse, craquer de nostalgie, et même ricaner de cercueil quand à juste destin, ils me prédisent qu'ils seront le bois de ma fin.
Fût tronçonné, houppier élagué.
Branches éperdues, arbres abattus.
Dans une obsession d'images, s'inversent les sorts, de la sève coule en mon corps, mon sang de femme feuille.
Bulldozers, déforestation, villes tentaculaires...
Pourtant, dans un passé encore vivant chez certaines tribus, ils sont toujours ce peuple au bois de mystère où les légendes courent au souffle des vents.
De ses ramures à ses fruits, de ses canopées à ses collets, ce peuple au bois d'intelligence inscrit dans ses troncs la mémoire des temps, comme autant de relais pour l'avenir.
Un peuple au bois d'âme, dont les branches savent l'au-delà, dont les racines puisent dans l'en-deçà, et qui offre ses troncs d'humilité en passerelle de ces mondes, pour que s'y équilibrent, nos aspirations les plus vives comme nos peurs les plus profondes.
Peuple de la forêt, arbre isolé, à vous vénérer encore, vous respecter toujours.
Désormais, dans l'écorce du temps, je me rêve à bois vivant.



