A LA COQUE - chapitre I Léa Boutin

A LA COQUE - chapitre I Léa Boutin


Depuis exactement le 4 février 2006, je suis devenue une femme à la coque car tout comme l'oeuf, je nais de chaque jour.
En ce 4 février, la maladie m'a foudroyée, ko total par hémorragie cérébrale.
Après de longues semaines passées à l'hôpital, où j'avais pu bénéficier du soutien inconditionnel, des encouragements non-stop du corps médical, ma sortie était enfin programmée et sonnait comme une délivrance.
J'allais retrouver tout ce dont l'univers hospitalier m'avait privée : le vent léger qui emportait au loin les nuages, l'alternance de l'ombre et de la lumière qui rythmait la nonchalance de mes ballades , et surtout cette profusion de couleurs incroyables, de volumes superbes que la nature dispensait dans un 3D ahurissant.
J'avais en goût un désir à la fois énorme et désordonné du vivant.
Mais ma joie était quelque peu gâchée par la perspective de rentrer à la maison en l'absence de filet protecteur car je savais que l'octroi de l'aide à domicile demandée, était sans arrêt différé. L' administration en ogresse bureaucratique réclamait systématiquement de nouvelles pièces

Comme un enfant qu'une foule compacte aurait séparé de ses parents, je me sentais perdue, désorientée. Je doutais de mes capacités. Tout était à réapprendre, à mesurer, à revoir, même les gestes du quotidien le plus élémentaire, ceux que l'on accomplit en général sans y penser tant ils ont cette simplicité que leur donne la routine du mille et une fois répété.
Désormais, il fallait que j'intègre ce que je n'avais jamais soupçonné, ni approché : la complexité.
En effet, mon itinéraire pavé de l'aisance des réussites, de la facilité des amours, et de la chance d'avoir de beaux enfants avait été celui d'une femme gâtée, admirée, à qui la vie avait tout donné sans avoir à faire trop d'efforts ou se poser trop de questions.

La maladie bousculait avec brutalité cette dynamique installée et les certitudes qui l'accompagnaient dont le lien à mes enfants.
Je prenais conscience de leur souffrance par cette distance froide qu'ils maintenaient à mon égard. J'acceptais, respectais même ce refus de tout contact, parce qu'il révélait leur crainte de m'aimer à nouveau alors que je pouvais à tout moment "remourir " , comme ils disaient et les trahir encore.
Je devinais aussi que mes deux grands, Adrien et Victor m'en voulaient de devoir habiter chez leurs grands-parents où ils devaient partager la même chambre et demander l'autorisation pour mettre la télé ou recevoir leurs copains. Leur égoïsme d'adolescents, leur besoin de liberté s'accommodaient mal de ces bouleversements familiaux dont ils supportaient de moins en moins les incidences et la durée.



Ces nouvelles limites, la force qui me quitte, ces douleurs qui s'émiettent dans ma tête, m' obligeaient à respirer différemment.
Je vivais et cela suffisait maintenant à mon existence. J'en venais à pleurer le matin, étonnée, émerveillée, de me réveiller. J'en venais à chercher devant ma glace, dans ma chevelure, quelques blancs cheveux parce qu'ils représentaient ce marqueur naturel du temps que j'avais failli ne pas connaître.
C'est dans ce contexte que j'ai rencontré pour la première fois Léa. Elle m'attendait, le jour même de ma sortie de l'hôpital, sous la marquise de la porte d'entrée de la maison. Sans me laisser le temps de dire ou de faire quoique ce soit, elle se précipita au devant de moi pour prendre mes bagages, soutenir ma marche hésitante tout en m'expliquant qu'elle s'appelait Léa Boutin et qu'elle avait été avertie de sa mission dans la matinée.

J'étais véritablement soulagée, l'aide à domicile tant espérée était là en chair et en os, enfin surtout en chair.
Léa avait des rondeurs très prononcées qu'elle semblait souligner à plaisir par un style vestimentaire assez particulier fait de superpositions incongrues. Son habillement était constitué d'au moins dix pièces différentes dont le choix m'échappait totalement encore que les standards de la mode évoluant très vite, j'avais peut-être raté un épisode crucial à cause de mon hospitalisation.
Dans la maison, d'autres surprises m'attendaient. Dans les vases, les bonbons avaient remplacé les compositions florales et dans l'air flottait une odeur chaude, inhabituelle, celle d'une tarte ou d'un cake en cours de cuisson.
Mais j'étais bien trop fatiguée pour demander des explications et m'endormis à peine la tête posée sur l'oreiller en murmurant " tiens, de la vanille", sans même avoir entendu mon mari rentrer.
A suivre


# Posté le vendredi 28 mars 2008 08:56

Modifié le dimanche 18 mai 2008 15:03

CHAOS

CHAOS
De longs préliminaires, une entrée en matière
Mon corps, rejoint le tien

Des gestes saccadés, des suçons, des baisers
Ton corps, plaqué au mien

Des odeurs de sous-bois, dans mon sexe tes doigts
Nos corps, vrillés enfin

L'heure se fait pressante, impérieuse, blessante
Mon corps, fuyant le tien

Mes désirs rétractés, les pulsions maîtrisées
Ton corps, contraire au mien

A nos vies rappelées, il faut se séparer
Nos corps, jetés soudain.

# Posté le lundi 24 mars 2008 05:17

Modifié le mardi 03 juin 2008 04:47

Les cache-mots de Francéophonie

Les cache-mots de Francéophonie
Bonjour, pour ceux qui me découvrent, je m'appelle Francéophonie.
J 'occupe dans le blog de Carmel, un rôle de tout-premier plan puisqu'elle m'a donné carte blanche pour intervenir quand bon me semble. Je suis donc un peu en butte à la jalousie de ses autres personnages.
Aussi, je me contenterai aujourd'hui de revenir vers vous pour brièvement monobloguer sur mes mots gigognes.
Dans l'univers des apparences, des mystifications, mes cache-mots méritent un petit détour, une étoile au guide du virtuel.
Certes, leur présentation manque un peu de panache tant mes redoutables dictionnaires trouvent drôle de les démasquer les uns après les autres, mais qu'ils se rassurent, leur séduction reste intacte.

Dans la série cache-mots, cache-nez est attendrissant car il exprime votre fragilité dès l'hiver venu, cache-pot, quant à lui s'impose tant les pots en plastique sont une offense à la verte beauté, cache-sexe semble doué d' humour bien qu'un tantinet égo-centrique, cache-corset a un parfum suranné qui renvoie aux silhouettes de ces élégantes en dentelle, enfin cache-misère est tout simplement fascinant car, paradoxalement, sa nature l'autorise à tout englober, tout absorber.

Mais cache-mot, il est vrai, reste mon chou-chou car facétieux et impertinent, il se dévoile sans se donner.
Ainsi, il en va d'éphémère ride, de lit et rature, de mâles façons, de vents d'ange, du mac à dame, des us âgés, et bien d'autres encore....
Alors qui sait, peut-être serez-vous aussi conquis que moi par l'ambiguïté charmante de mes diablotins de cache-mots ?

A bientôt Francéophonie.


# Posté le vendredi 21 mars 2008 06:41

Modifié le dimanche 20 septembre 2009 09:58

ALTER-ÉCHO

ALTER-ÉCHO
Dans le silence grave de cette chambre blanche
Ilot des retrouvailles de nos amours étanches
Où l'hiver s'invite, s'installe pour la saison,
Ont lieu d'étranges rites, alchimie des passions.

De ce fruit dans ta bouche, ananas ou kaki
Tu me donnes la becquée, en ta saveur saisie
De ce sang qui s'en va, fécondité bridée
Ventre sans avenir, tu en fais un trophée.

De ces seins si menus, de cette minceur extrême
Par tes mains caressantes, comme par tes ' je t'aime
Tu rassures la femme, tu me guides pas à pas
Pour que les yeux fermés, enfin j'aille vers toi.


Mais qui es-tu vraiment ? Homme caméléon
Pygmalion de mes sens, alter-écho profond
Dois-je saisir ton âme et percer ton mystère
Ou bien de ton reflet savoir me satisfaire ?


Dans le silence grave de cette chambre blanche
Ilot des retrouvailles de nos amours étanches
J'invoquerai les Dieux, la liturgie vaudoux
Pour t'aimer comme un roi, un mendiant ou un fou.

# Posté le mercredi 19 mars 2008 08:17

Modifié le mercredi 13 août 2008 11:37

Le monde de Francéophonie

Le monde de Francéophonie
Bonjour
Je m'appelle Francéophonie, je suis un des 4 personnages récurrents de Carmel, même si sans me flatter, je pense être son préféré car j'ai le privilège de pouvoir m'inviter sur son blog dès que l'envie me prend de venir papoter avec vous.

A mes côtés, vous découvrirez aussi, au fil des pages, Séverine Clément, l'intellectuelle introvertie du Maître-mot, Elsa Montiel, la mère de famille, écologiste dès l'aube de Love-coquillettes et enfin Léa Boutin, l'extravagante dont la silhouette est esquissée dans le premier chapitre d'une femme à la coque.

Native du bassin grammatical, ma famille m'a élevée comme il se doit, dans la plus pure tradition orthograhique. Mon éducation bien que stricte et nationale n'a nullement entamé mon tempérament guillemet, ni atomisé mes rires qui demeurent aussi intempestifs et sonores que mille points d'exclamation.

J'ai eu une adolescence un peu agitée.
A l'époque, mes parents m'avaient interdit de fréquenter mes amis Verlan et Argot, craignant que je perde trop tôt ma virginité linguistique. Mais, rebelle par nature, j'ai enfreint les règles posées pour les voir en cachette.
Dénoncée par une certaine Sainte-axe, j'ai été envoyée en pension où on m'a confisqué pendant trois ans mon accent aigu et changé mon premier o en a.
Dans les années 60, comme j'avais l'impression que les gens me parlaient de moins en moins, j'ai voulu en connaitre la cause et pointer les interrogations mais visiblement pour ma famille, le sujet était tabou puisque je n'avais en guise de réponse qu'un motus et bouche cousue permanents.
Cette inertie m'agaçait, et je ne voulais pas finir comme feux mes aïeux Gréco-Latin, au rayon des langues disparues, bien avant celle de Mot-lierre.
Intriguée, refusant de mettre entre parenthèse ce qui à l'évidence dérangeait les miens, j'ai décidé de fuguer.
Je suis partie rencontrer celui qui était à l'origine de nos mots perdus, remplacés, je veux parler de l'Américain.
Au cours de mon odyssée, j'ai percé certains secrets grâce auxquels cet étranger rayonnait de par le monde. Il avait un phrasé gouleyant, séduisant en diable et facilement assimilable. D'ailleurs, à l'approcher de trop près, je suis revenue dans le Bled hexagonal avec un petit franglais dans le ventre;
Scandale ! Depuis, Papa ne décolère pas, il s'estime déshonoré par ce petit-fils, ce lang-mêlé comme il dit, quant à Maman, parce que sa générosité devance toujours ses principes, elle s'habitue peu à peu à ce jeune baragouinage.

Aujourd'hui, plus mature, plus consciente des enjeux, je consacre mon temps à sauvegarder mon usage, en essayant toutefois d'éviter le piège d'un conservatisme pesant et ennuyeux.
Voilà, je souhaitais vous présenter l'objectif de mes prochains monoblogues, sachant que Carmel qui souffre d'une timidité maladive, ne l'aurait pas fait.

A bientôt, Francéophonie.

# Posté le mercredi 19 mars 2008 08:15

Modifié le dimanche 20 septembre 2009 09:58