Minuit 22
“ Toc-toc “
“ On est fermé, repassez demain “
« Toc-toc »
« Mais enfin, qui est là ? »
« Uuuune ; une fenêtre »
« Quoi ? Une fenêtre qui ose venir au Domaine des Rêves. Mais, ma pauvre, que veux-tu ? »
« Je voudrais un rêve »
« Tu oses me déranger pour me demander un rêve. C'est une blague, j'espère ? »
« Heu, non. C'est que... »
« Stop, ça suffit. Toi, un rêve ! Les humains d'accord, les animaux de temps en temps mais un objet, jamais ! Tu as entendu. Jamais. Rappelles-toi ce que tu es, un objet. Tu es sans âme et donc sans rêves. Allez, bonsoir et repars dans ton mur. »
« Je...Le mur, justement, c'est lui le problème. »
« Ah, tu es défenestrée ? »
« Non, mais si ça dure, je vais me défenestrer. Je craque, mes vitres pleurent, mes huisseries grincent, tout en moi s'abîme. »
« Ma petite, là, tu commences vraiment à m'inquiéter. Bon, j'ai bien quelques minutes à t'accorder. »
« Voilà, depuis 8 mois maintenant, ma vue a changé. Un mur a été construit en face de moi. Un mur affreux. Un mur de cinq mètres de haut, aveugle de toute ouverture. Un mur qui m'étouffe la vision, qui m'enlève toute perspective. Depuis qu'il est là, c'est simple, j'ai perdu goût à m'aérer, à coulisser mes gonds, à jouer mes volets. »
« Continue, je t'écoute. »
« Là, où avant, j'avais des champs à perte d'horizon, à panorama de saison, j'ai désormais un mur à mourir de fenêtre. »
« Hum ! Attends-moi. Je vais aller consulter les archives. Qui sait, il y peut-être un précédent. »
Minuit 36
« Je n'ai rien trouvé. Rien. Tu es la première fenêtre à vouloir un rêve. »
« Alors, c'est sans espoir, n'est-ce pas ? Je comprends, tant.. »
« Ma petite, ne me fais pas dire ce que j'ai pas encore prononcé. J'ai horreur de ça. Ton histoire et ton chagrin m'ont à eux seuls convaincu de ton besoin de rêve, et un précédent ne m'est nullement nécessaire pour asseoir ma décision ; Vu ! Maintenant, écoute, car je ne me répéterai pas : chaque nuit de Minuit 36 à 1 du matin, tu auras un rêve qui te remplira jusqu'au rêve suivant de cet Eden perdu mais si jamais tu ébruites ce qui doit rester un secret, rêver te sera enlevé. »
« Je, je vous le jure, oh, oui ! Je vous le jure, heu ... tenez sur ce que j'ai de plus beau, mon espagnolette. »
Grrrrriin, grrriin, les portes du Domaine des Rêves, lentement se referment, et on peut voir dans la nuit, une fenêtre reprendre ses vertes couleurs.
Minuit 45 vient de sonner...