Ponts mes chéris

Ponts mes chéris
J'ai le pont dans la peau, ceux d'ici et d'antan, métallique ou végétal, en nature ou en peinture.
Sans exclusive, ni ostracisme.

Je fais les yeux doux aux ponts qui soupirent près les âmes perdues, qui tournent dans un grincement heureux.

Je gravis ceux qui basculent les idées immobiles, qui ressemblent à des harpes géantes par les haubans qui les tendent.

Je gambade sur les ponts qui suspendent mes pas dans le vide, qui me relient aux rives de l'ailleurs.

Je chante le pont Mirabeau, sifflote sur le pont d'Avignon

Le pont, une main tendue, un regard qui attire, une envie d'aller plus loin.
Le pont, cet ouvrage de l'art, où la matière rencontre l'esprit pour dire non à l'enclavement, s'affranchir des obstacles, dépasser les impossibles.
Le pont, un rendez-vous avec soi-même, quand en son milieu, le sentiment d'être un géant s'équilibre avec celui d'être mortel.

Alors à vous mes petits ponts, ponts chéris, ponts de bois, pont-levis, il était temps que j'avoue ma pontipholie !



Toile : Maurice de Vlaminck.

# Posté le samedi 21 novembre 2009 07:25

Modifié le dimanche 22 novembre 2009 12:39

Actu alitées

Actu alitées
Dans la chambre de Tara, rien. Une pièce vide, obstinément.

Le soir, elle disposait à même le parquet, la dizaine de journaux achetés au petit matin, au kiosque, en bas de la rue.
En les dépliant, ils exhalaient encore cette odeur particulière d'encre et de papier mouillé, cette odeur de nouvelles fraîches, vierges de connaissances comme des catastrophes encore en cocon.

Egoïstement, elle avait besoin pour dormir quelques heures, de savoir que le malheur n'épargnait personne, frappant partout, à tout moment, sous les vocables les plus divers : crash, attentat, tremblement de terre.

Dans ses nuits, la paix venait de cette conscience atroce que d'autres vivaient le même effroi qui l'avait saisie, quand elle avait appris la mort de ses parents, tués dans un hôtel en Egypte.
Les journaux avaient annoncé l'attentat, comme on traite des cours de la bourse, avec cette froideur qui rend banal, presque normal ce qui ne devrait jamais l'être.

Depuis ce jour, il lui fallait son lot de fatalités, dont l'incessante absurdité la rassurait.

Les médias d'ailleurs renforçaient son apaisement en relatant l'actualité de ces désastres humains, avec ce même détachement circonstancié et convenu, qui six ans plus tôt l'avait irrémédiablement blessée.




Réconfortée par ce partage de solitudes, de cris jetés au silence des murs, elle s'allongeait, nue, dans ce lit de vies ruinées.

Contre le poids des mots, la sveltesse de son corps.
Contre l'horreur des faits, la caresse de sa peau.

# Posté le mardi 10 novembre 2009 02:40

Modifié le jeudi 12 novembre 2009 07:24

A la une

A la une
3 mois que l'entreprise d'électro-ménager, où je bossais avait été mise en liquidation judiciaire, " allez ouste, tout le monde dehors. "

4 lettres qui me hantaient, qui suffisaient à elles seules à me démoraliser : ANPE, des lettres comme un mauvais cauchemar dont je ne me réveillais pas.

5 annonces sur la rubrique emploi que j'avais encadrées ce matin là, d'un stylo difficile.

J'étais prêt à faire la nounou, à promener les toutous du quartier, à balayer les parcs, les rues, les impasses. Je m'en foutais de mes qualifications, du salaire guillotiné, pourvu que ça s'arrête.

J'étais prêt à signer n'importe quel horaire de travail : temps partiel, nuit, trois huit, en continu, pourvu qu'on me dise, " c'est ok " on a un truc pour vous."

J'étais prêt.... à l'aimer cette femme dont le visage se dessinait malgré moi entre les tartines de marmelade et la tasse vide du petit crème.

Mes pensées s'échappaient vers elle, continuellement. Elle occupait la une de ce journal dont elle effaçait de sa lèvre boudeuse, de ses yeux de mica brillant, les fausses priorités, les noires nouvelles du jour.
Je me rendais bien compte que sur tous les rendez-vous que je souhaitais décrocher aujourd'hui, elle était le seul qui me vrillait durablement les tripes.

Je ne la connaissais pas, enfin pas vraiment. Hier à l'ANPE, elle attendait avec son numéro tenu serré dans sa main, d'être appelée, là, juste devant moi.
Elle m'évoquait les Antilles, avec sa peau d'ambre, et son odeur de goyave. Par sa présence, les murs gris disparaissaient, le désespoir prenait la poudre d'escampette, et je devenais ce gladiateur héroïque qui réussissait à terrasser dans les locaux du pôle emploi, le chômage.

Cette femme-là me faisait rêver.
Au prétexte de son sac ouvert, je l'ai abordée.
Sa voix : une ruche, du miel, du soleil, que j'écoutais à toutes oreilles, me raconter qu'elle cherchait un poste dans la vente, plutôt les vêtements, c'était son rayon. Moi, aussi, j'avais envie d'être son rayon.

Alors avant que son numéro froissé apparaisse sur le terminal, j'ai foncé maladroit et puéril en répondant à sa question " moi, oh ! Je dessine des machines à laver avec tambour mais sans trompette, des fers à repasser pour homme de ménage, d'ailleurs si vous avez un truc en panne ou pas, appelez-moi pour un oui, deux non, je cours, heu, j'accours. " Elle a ri, en prenant mon CV.

Depuis j'attends, prêt à courir dès le son de sa voix.



Illustration jackybab, voir son blog la diversité des thèmes dans le talent

# Posté le vendredi 30 octobre 2009 11:05

Modifié le lundi 02 novembre 2009 03:04

Echappée belle

A pas de velours, je tire ma révérence, pour ces quelques jours où, je serais en vacances.


Il reviendra à mon compositeur favori, Antonio Vivaldi de vous tenir compagnie.


C'est, recroquevillée dans mon fauteuil au cuir fatigué, qu'il me sied de l'écouter.


J'ai alors, bien que femme, l'impression d'avoir un âme, n'en déplaise aux moyen-âgeux, et aux ultra-religieux.


Mais j'arrête là mes confidences sur châle, et m'en vais préparer mes malles.

# Posté le jeudi 22 octobre 2009 08:13

Modifié le vendredi 23 octobre 2009 13:55

Intermède en Capitale

Intermède en Capitale
Nuits parisiennes, portes cochères en réverbères, emmène-moi dans l'atmosphère... de tes baisers.

Fais-moi la cour, sur les pavés de ton amour, quand à genoux, tu te déclares, Gare Saint-Lazare.

Embarque-moi sans état d'âme, sur la Seine de tes fantasmes, péniche lourde de tes envies du Pont des Arts au quai Branly.

Embrasse-moi en des étreintes de cathédrale, de Notre-Dame au chaud Pigalle, pour qu'excitée et impudique, je t'appartienne rue République.

Aime-moi reine ou bien catin, de Montparnasse à Saint-Germain, avant que l'aube nous soit contraire, métro Voltaire.

Mais promets-moi d'autres Paris, aux rues froissées de nos ébats, aux quais témoins de nos besoins , aux rives gauches, de nos débauches.

Le jour se lève, séparation Place de Grève.
Demain, je sais, Cours Gambetta, que dans mes nuits, tu seras là.




Zé, pour toi.

# Posté le jeudi 08 octobre 2009 07:44

Modifié le lundi 19 octobre 2009 04:18